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Les oeufs des Doukkala

Un peu d’histoire… sur…. Les œufs des Doukkala

(Article rédigé par Anne Tillette de Clermont-Tonnerre à partir de différentes sources de la presse locale)

 

Au début du XXème siècle, le commerce des œufs est l’une des activités portuaires les plus importantes de la région :

– grâce au climat tempéré, la ponte s’étend sur toute l’année (poules en plein air)

– les œufs sont les plus gros du Maroc, donc très recherchés

– Par mauvais temps, le port de Mazagan reste un port sûr

ce qui fait de Mazagan le plus important marché d’œufs du Maroc.

 

Compte tenu du cours élevé du prix, des producteurs de toute la région approvisionnent le port (venant de Marrakech, Demnat, et même du Gharb) ; pour avoir une idée de l’importance de cette production, en 1921 la collecte s’élève à 5 821 807 kgs. Les principaux pays d’exportation sont la France, l’Angleterre, l’Espagne et Malte.

 

Des courtiers achètent les œufs dans les souks locaux ou dans les douars éloignés. Les œufs sont transportés à dos d’âne ou par des chameaux portant des caisses cubiques pouvant contenir jusqu’à 1500 pièces emballées dans de la paille fine.

Chaque exportateur est en rapport avec des « rabatteurs » lui procurant les œufs à un cours fixé.

Certains exportateurs avancent les fonds aux rabatteurs : « Amara » (prêt) consenti devant un « Adoul » (notaire), l’emprunteur étant dans l’obligation de fournir à l’exportateur une quantité définie chaque semaine, à un prix inférieur au cours du jour. Ce système n’étant pas toujours fiable par manque de rigueur, la majorité des courtiers négocient directement avec les capitaines de navire.

 

La négociation effectuée, les œufs sont ensuite « mirés » (examinés par transparence)  par des spécialistes juifs employés dans les fondouks (suite de petits bâtiments servant d’entrepôt et même d’habitation pour les gens de passage). Après le triage, le négociant prélève 1 œuf/100 ; le prélèvement total sera partagé en fin de journée entre mireurs, rabatteurs et le propriétaire du fondouk.

Les œufs sont ensuite expédiés dans des caisses à claire-voie importées du Portugal, d’Autriche ou des Landes, mesurant 1,70m x 0,50m, contenant 1440 œufs chacune, les œufs étant emballés dans de la fibre de bois venant de France ou de Suisse.

 

Les marchandises sont descendues dans des « barcasses » puis emmenées à la rame jusqu’à la Darse portugaise (au pied du mur d’enceinte de la Cité) accessible par les bateaux à la pleine mer. Le transfert se fait manuellement de la barcasse au bateau.

 

Le record d’exportation des œufs a lieu en 1921. En 1932, suite à l’aménagement du port de Casablanca, un déclin important se fait sentir. Un sursaut a lieu en 1949 avec la construction du môle qui élargit l’enceinte portuaire de Mazagan. Le déclin total aura lieu malgré tout en 1960, en partie parce que le port reste un « port à barcasses », inapproprié à l’évolution de la circulation maritime et du commerce y afférant.

 

Qui est le premier ? : l’œuf ou la poule ?…..